Protection solaire : entre relâchement des usages et désinformation, les risques progressent
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Alors que les cancers de la peau continuent d’augmenter dans le monde, deux études récentes alertent sur une tendance préoccupante : la baisse de vigilance face à la protection solaire et l’impact croissant des idées reçues sur les comportements de prévention.
En France, le nouveau baromètre Febea-OpinionWay 2026 révèle un recul des réflexes de protection, notamment chez les jeunes. Aux États-Unis, une enquête menée pour le compte de l’American Academy of Dermatology Association(AAD) montre que la désinformation autour des crèmes solaires exposerait plus de 16 millions d’Américains à un risque accru de cancer cutané.
En France, des habitudes installées… mais fragilisées
Selon le baromètre 2026 de la Febea, près de sept Français sur dix déclarent utiliser une protection solaire à la plage ou à la piscine. Un chiffre élevé, mais en baisse de 12 points par rapport à 2024.
Plus préoccupant encore : seuls 25 % des Français déclarent renouveler l’application de crème solaire toutes les deux heures, conformément aux recommandations sanitaires. Chez les parents, la vigilance semble également s’éroder : 84 % appliquent une protection solaire à leurs enfants, mais ils étaient davantage en 2024.
Les moins de 25 ans apparaissent particulièrement exposés aux comportements à risque. Près d’un jeune sur deux estime pouvoir se passer de crème solaire sans réel danger, et quatre sur dix déclarent ne pas se protéger à la plage ou à la piscine.
Le poids des idées reçues reste important
L’étude de la Febea montre également que de nombreuses croyances persistent autour des produits solaires. Parmi les idées reçues les plus répandues : 46 % des Français pensent que la quantité appliquée n’influence pas le niveau de protection ; 48 % estiment que les crèmes solaires protègent contre tous les rayons UV ; 30 % considèrent qu’un maquillage ou une crème de jour avec SPF protège toute la journée ; 21 % pensent encore que la crème solaire empêche de bronzer. La fédération rappelle pourtant que l’efficacité d’une protection dépend fortement de la quantité appliquée et de la fréquence de renouvellement. Les produits contenant un SPF peuvent constituer une protection adaptée au quotidien, mais ne remplacent pas une protection solaire complète lors d’expositions prolongées.
Aux États-Unis, la désinformation devient un enjeu de santé publique
L’enquête réalisée pour l’American Academy of Dermatology Association (AAD) met en lumière une problématique particulièrement marquée aux États-Unis : la diffusion massive de contenus trompeurs sur les réseaux sociaux concernant les crèmes solaires et les UV.
Selon cette étude, plus de 16 millions d’Américains auraient réduit ou arrêté l’utilisation de crème solaire à cause de contenus vus en ligne. L’AAD souligne notamment que près de la moitié des Américains – et 64 % de la génération Z – disent avoir été exposés à de la désinformation sur les protections solaires sur Internet. Les réseaux sociaux jouent un rôle central : 21 % des Américains disent se fier aux influenceurs Instagram ou TikTok pour leurs conseils skincare, une proportion qui grimpe à 36 % chez les 18-29 ans.
L’association américaine des dermatologues insiste également sur le décalage entre perception et réalité des comportements de protection. Près de la moitié des Américains obtiennent une note « C » ou inférieure au quiz de connaissances solaires de l’AAD, alors même que 67 % jugent leurs habitudes « bonnes » ou « excellentes ». Chez les jeunes adultes, un tiers obtient même un « D » ou un « F ».
Cette défiance envers les produits solaires rejoint certaines préoccupations observées en France. Le baromètre Febea indique ainsi que 52 % des Français craignent l’impact sur la santé de certains ingrédients contenus dans les crèmes solaires, même si ce chiffre recule par rapport à 2024.
Les mythes autour du bronzage persistent
L’AAD alerte également sur la persistance de croyances favorisant des comportements à risque. Plus de la moitié des Américains adhèrent encore à au moins un « mythe du bronzage », comme l’idée qu’un bronzage de base protégerait des coups de soleil ou réduirait le risque de cancer cutané.
Pourtant, rappelle l’association, « il n’existe pas de bronzage sans danger » : tout bronzage correspond à une atteinte de l’ADN cutané liée aux UV.
Cette perception positive du bronzage reste très ancrée : 83 % des adultes américains estiment que le soleil donne un « éclat sain » à la peau ; 55 % considèrent qu’une peau bronzée paraît plus saine.
Des préoccupations environnementales qui influencent aussi les usages
Autre point commun entre les deux pays : les interrogations environnementales autour des protections solaires.
En France, un Français sur deux considère encore l’impact environnemental des crèmes solaires comme un frein à leur utilisation. Et près d’un tiers affirme avoir déjà renoncé à se protéger pour cette raison – un chiffre qui atteint 50 % chez les moins de 25 ans.
La Febea insiste toutefois sur les progrès réalisés par l’industrie cosmétique : 79 % des consommateurs estiment que les produits solaires ont progressé sur le plan environnemental. La fédération rappelle également que les principales menaces pesant sur les récifs coralliens restent liées au réchauffement climatique et à l’acidification des océans, davantage qu’aux filtres solaires eux-mêmes.
Un besoin croissant de pédagogie
Ces deux études convergent vers un même constat : malgré une meilleure sensibilisation aux risques liés aux UV, les fausses croyances, la défiance envers les produits solaires et la banalisation des dangers de l’exposition continuent d’affaiblir les comportements de prévention.
Dans un contexte où les cancers cutanés progressent fortement – leur nombre a plus que triplé en France entre 1990 et 2023 selon l’INCa – les acteurs de santé publique, les dermatologues et les industriels insistent sur l’importance d’une information scientifique claire et accessible.




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