Ingrédients cosmétiques : transparence et innovation obligatoires
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Dernière mise à jour : il y a 9 heures
Trois questions à :
Sunanda Desai, vice-présidente, produits chimiques et matériaux,

et
Elodie Alves, analyste senior,

chez Kline & Company
Propos recueillis par
Véronique Louis
Quels sont les principaux bouleversements concurrentiels qui structurent aujourd’hui le marché des ingrédients de beauté ? Quels ingrédients demeurent réellement différenciants, et lesquels tendent à se banaliser sous l’effet de la concurrence ?
La concurrence est de plus en plus marquée par la transformation des actifs traditionnels en commodités, parallèlement à l’essor d’une différenciation fondée sur l’innovation technologique. Les actifs de référence tels que les vitamines A, C et E, les acides organiques (acide hyaluronique, lactique ou glycolique), les céramides ainsi que les peptides historiquement établis sont désormais disponibles auprès de nombreux fabricants. Cette large accessibilité intensifie la pression sur les prix et réduit leur potentiel différenciant.
Dans ce contexte, les fournisseurs s’orientent vers des leviers plus innovants – biotechnologie, sourcing durable et ingrédients multifonctionnels – afin de se démarquer. Les procédés de fermentation, les matières issues de cultures en laboratoire (cellules souches végétales, protéines ou peptides biomimétiques), les matières premières valorisées par upcycling, ainsi que de nouvelles ressources d’origine végétale ou fongique – telles que le champignon des neiges, le reishi ou le pleurote – permettent aux entreprises de se différencier davantage par leurs modes de production et leurs procédés que par la nature intrinsèque des ingrédients.
Quelles sont les nouvelles exigences en matière de crédibilité, de transparence et de confiance des consommateurs ? Face à un encadrement réglementaire renforcé et à un scepticisme croissant, quelles allégations resteront pertinentes et lesquelles risquent de perdre en légitimité ?
La crédibilité repose désormais sur trois piliers : validation scientifique rigoureuse, transparence des protocoles d’évaluation et engagement authentique en matière de durabilité. Les allégations étayées par des données robustes et des certifications reconnues continueront de s’imposer, tandis que les concepts marketing vagues ou insuffisamment définis risquent de perdre la confiance des consommateurs s’ils ne sont pas mieux encadrés.
Allégations cliniquement démontrées : Les consommateurs attendent de plus en plus des tests rigoureux, et non plus seulement des essais à petite échelle. Les revendications liées à l’anti-âge, à la longévité, aux propriétés anti-inflammatoires ou à la stimulation de la pousse capillaire demeurent pertinentes, mais doivent s’appuyer sur des études cliniques plus larges et statistiquement significatives. Un test réalisé sur 20 volontaires, même avec 90 % de résultats positifs, n’a pas le même poids qu’une étude menée sur plus de 80 participants.
Allégations inspirées de la dermatologie : À mesure que les frontières entre dermatologie, pharmacie et cosmétique s’estompent, les allégations associées à la santé cutanée ou à la réparation de la barrière épidermique resteront crédibles si elles sont accompagnées d’une communication transparente et de mises en garde appropriées. Par exemple, la prévention de la chute des cheveux implique souvent de recommander une consultation médicale lorsque des causes sous-jacentes sont possibles.
Clean Beauty : L’absence de définition réglementaire harmonisée autour du terme « clean » alimente les dérives de type clean-washing. Les consommateurs questionnent de plus en plus cette notion, qui peut englober aussi bien des produits naturels certifiés (COSMOS, par exemple) que des formules contenant des dérivés pétrochimiques. Une marque peut ainsi revendiquer une approche « clean » tout en intégrant une faible proportion d’ingrédients non naturels.
Par ailleurs, la durabilité est aujourd’hui évaluée de manière plus globale : affirmer qu’un produit est « 95 % d’origine naturelle » ne suffit plus toujours, certains consommateurs exigeant une analyse plus complète de l’impact environnemental – du sourcing à la fabrication, jusqu’au packaging.
Allégations « microbiome-friendly » : Au cours des deux dernières années, cette revendication s’est largement répandue sans cadre normatif clair. Bien qu’il existe un véritable potentiel scientifique pour les formulations respectueuses du microbiome cutané et capillaire, une utilisation trop génériquepourrait conduire à une saturation du discours et à une lassitude des consommateurs.
Comment les marques peuvent-elles mieux aligner l’innovation ingrédient avec les attentes réelles des consommateurs ? Quels sont les principaux écarts entre les attentes du public et le storytelling marketing actuel ?
L’un des écarts majeurs réside dans la discordance entre les promesses de performance et les capacités réelles des ingrédients. Les consommateurs sont souvent amenés à anticiper des résultats immédiats à travers un discours marketing simplificateur, qui minimise la complexité scientifique.Prenons l’exemple de l’acide hyaluronique : largement associé à une hydratation instantanée et à un effet repulpant visible, son efficacité dépend pourtant fortement de son poids moléculaire, un paramètre rarement explicité dans la communication des marques. Un second écart concerne l’éducation des consommateurs. La majorité d’entre eux ne savent ni interpréter une liste INCI ni comprendre précisément le rôle des actifs, ce qui renforce la distance entre la réalité fonctionnelle des ingrédients et leur mise en récit marketing. Pour réduire ces écarts, les marques doivent associer l’innovation à une communication plus rigoureuse, fondée sur la transparence des mécanismes d’action, des concentrations utilisées et des limites réelles, afin de renforcer durablement la confiance.
À noter :
Sunanda Desai et Elodie Alves interviendront lors d’in-cosmetics Global 2026 sur le thème :
Inclusive Beauty : Unlocking New Opportunities and Sustainable Growth in Personal Care,
dans le Marketing Trends Theatre, le mercredi 15 avril, de 11h30 à 12h15.





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